Depuis novembre 2010, Yahad – In Unum travaille à la documentation des persécutions des Roms pendant la Seconde Guerre mondiale. L’association s’emploie à recueillir des témoignages sur les massacres ayant eu lieu sur les territoires d’ex-Union soviétique (Ukraine, Biélorussie, Russie) par les unités mobiles nazies ainsi que sur les déportations vers la Transnistrie depuis la Roumanie et la Moldavie. Elle travaille également à la localisation des sites d’exécution de masse.

Village après village, famille après famille, par recoupement des témoignages de survivants, des archives roumaines, allemandes et soviétiques, et des récits de témoins, Yahad a identifié 51 sites d’extermination de Roms en Ukraine, Biélorussie et Russie et interviewé 30 témoins des massacres de Roms. Cinq voyages d’enquête en Roumanie et un voyage en Ancienne République Yougoslave de Macédoine ont permis à ce jour de recueillir les témoignages des survivants roms et de documenter l’histoire locale de ce génocide largement méconnu.

À ce jour, Yahad a recueilli plus de 180 témoignages sur les persécutions de Roms en l’Europe de l’Est, y compris Roumanie, Russie, Biélorussie et Ukraine, en collaboration avec notre partenaire, Dignité Roms. Les témoignages ont éclairé les destins des Roms comme survivants et victimes. Les témoins ont décrit les fusillades, les déportations, la faim, les maladies et les travaux forcé des Roms par les Nazis et leurs alliés.


Persécutés par les Nazis ou par le pouvoir local, déportés ou internés, fusillés ou laissés mourir de faim, les roms subirent des violences de masse diverses en fonction des pays. Trois différentes réalités, trois types de persécutions : Roumanie, l’Ex-URSS et la Tchéquie.

 Les déportations des Roms nomades par les autorités roumaines commencèrent le 1er juin 1941, celles des sédentaires en septembre 1942. Ils furent déportés vers la Transnistrie, région du sud de l’Ukraine, entre le Dniester et la rivière Bug, donnée par l’Allemagne à leurs alliés roumains. Les Roms y furent laissés mourir de faim dans des champs. Pendant trois ans, ils vécurent dans des fossés, des étables ou des fermes collectives. Les paysans ukrainiens furent temporairement expulsés de leurs maisons et de leurs kolkhozes afin de faire de la place aux Roms déportés. Ces derniers étaient forcés d’entrer dans les maisons le jour même de l’expulsion. La distribution de nourriture organisée dans un premier temps cessa rapidement. Les morts par famine, maladie et misère qui eurent lieu dès les premiers mois se multiplièrent rapidement.
 

Après les Juifs, les tziganes représentaient le seul groupe de la population dans l’Union Soviétique occupée, dont l’éradication systématique commença dès la première année de la guerre germano-soviétique, c’est-à-dire à une époque, pendant laquelle les occupants allemands comptaient encore sur une campagne couronnée de succès. La motivation principale dans le cas des tziganes était également l’idéologie raciale des national-socialistes.

Ainsi on a déjà constaté, sur la base des recherches empiriques menées, que la différenciation faite dans certaines monographies entre les tziganes sédentaires et les tziganes « itinérants » n’existe que sur le papier et n’avait aucune influence sur la « politique des tziganes » (« Zigeunerpolitik ») sur place. Le « mode de vie » ne jouait aucun rôle pour les persécuteurs ; les tziganes étaient bien plus – la densité des mesures d’extermination établies par la CES ne laisse aucun doute à ce sujet – en tant que peuple dans son ensemble dans la ligne de mire des Einsatzgruppen et de la Wehrmacht. À partir du printemps 1942, des tziganes furent « traités » comme des Juifs dans les territoires arrière de l’armée Nord, Mitte et Süd.

À partir de cette époque, l’extermination sans différence des tziganes soviétiques dans tous les territoires militaires étudiés revêtit un caractère systématique. Là ou se trouvaient des communes tziganes plus ou moins importantes, les persécuteurs allemands appliquaient les mêmes méthodes que celles qui s’étaient montrée prospères pour les exécutions des Juifs, c’est-à dire l’exécution par balles.

Avant la guerre, la population rom et sinti de Bohème, Moravie, Silésie et des Carpates russes était de 100 000 personnes.

Un règlement du ministère de l’Intérieur du 30 novembre 1939 interdit le nomadisme à compter de janvier 1940. Ceux qui ne veulent pas obéir doivent être placés dans des camps de travaux forcés. Rapidement, plusieurs centaines de personnes considérées comme des « asociaux » sont déportées à Auschwitz. Le directeur général de la gendarmerie estime, fin 1940, que le sort de 70 % à 80 % des Roms est réglé. Le 24 juin 1942, le ministre de l’Intérieur du Protectorat, Richard Bienert, ordonne la collecte de statistiques sur « les Tziganes, les Gitans et les personnes ayant un style de vie tzigane ». Environ 6 500 personnes ont été enregistrées dans ce cadre, sur la base d’anciens dossiers et souvent en fonction de la couleur de leur peau.

Le 10 juillet 1942, le général Horst Böhme, chef de la police de sécurité, ordonne la concentration des Roms dans deux camps : Lety pour ceux de Bohême, Hodonín pour ceux de Moravie. Sur les 1 300 Roms enfermés à Lety, 300 ont survécu. Dans les deux camps, 521 personnes sont mort de maladies ou de faim. La grande majorité fut envoyé entre 1942 et 1944 à Auschwitz.


 

Dignité Roms

Fondée en 2011 par Costel Nastasie, Dignité Roms est une association dédiée à la mémoire des victimes du Porajmos — le génocide des Roms — en Europe de l’Est. La mission de Dignité Roms est de lutter contre le discrimination à l’encontre des Roms et à les aider à bâtir un avenir meilleur.

Exposition

Yahad-In Unum propose une exposition sur le « Mémoire Rom. » L’exposition présente des rencontres avec 8 survivants Roms. Elle a été conçu afin d’enseigner aux peuples européens l’histoire du génocide des Roms et lutter contre les discriminations persistante contre les Roms aujourd’hui.