RECHERCHES SUR LES
FOSSES COMMUNES EN UKRAINE


carte - recherches - témoignages - revue de presse
LES FUSILLADES MASSIVES DES JUIFS EN UKRAINE 1941-1944 LA SHOAH PAR BALLES
exposition au mémorial de la shoah
du 20 juin au 30 novembre 2007

Anna D., né en 1927, Bus'k, région de Lvov.

Adolf W., né en 1930, Lisinitchi, région de Lvov.

Mikhaïl N., né en 1923, Kherson, région de Kherson.

Samuel A., né en 1923, Dobyzh, région de Zhytomyr.


Adolf W., né en 1930.
Interviewé à Lisinitchi, région de Lvov, le 04/05/05.
 


Patrick Desbois : Où étiez-vous lorsque vous avez assisté à l'extermination ? 
Adolf W. : Je me trouvais un peu plus haut là-bas, en haut des chênes. J'étais avec deux copains. On d'abord vu un camion arriver, après beaucoup d'autres sont arrivés en même temps. 
P.D. :
Les civils étaient-ils des Ukrainiens, des Juifs, des Polonais ? 
A.W. : Qui sait qu'ils étaient. Ils avaient différentes nationalités. Au début, en 1941, il n'y avait que des Juifs. Les camions s'arrêtaient, ils forçaient violemment les gens à descendre. On les obligeait à se déshabiller et les amenait en bas. Ils étaient encadrés et emmenés par la garde vers les fosses. 
P.D. : Combien il y avait de fosses ? 
A.W. : On en a compté 59. 

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P.D. : Etaient-elles creusées à l'avance ? 
A.W. : Ils étaient en train de creuser, nous on gardait nos vaches dans les pâturages et on se disait qu'il y allait se passer quelque chose. 
P.D. : Combien de temps avant ont-ils creusé les fosses ? Longtemps, des semaines avant ? 
A.W. : Un ou deux jours avant. 
P.D. : Est-ce qu'ils amenaient des prisonniers pour creuser, des civils ? 
A.W. : Non, des militaires. 
P.D. : Les tireurs étaient-ils déjà installés avant que les gens arrivent ? 
A.W. : Oui, ils étaient en place. 
P.D. : Est-ce qu'ils avaient des fusils ou des mitraillettes à pied ? 
A.W. : Des mitraillettes à pied. 
P.D. : Combien de tireurs il y avait ? 
A.W. : Deux, trois. 
P.D. : Après avoir tué les gens mettaient-ils de la terre ou pas ? 
A.W. : Ils mettaient tout de suite de la terre. 
P.D. : Qui y avait-il dans ces équipes de tireurs ? Des SS, la gestapo, des non allemands? 
A.W. : Des SS et des gens de la gestapo. On le voyait aux signes sur leur col. 
P.D. : Est ce qu'il y avait des Russes ? 
A.W. : Les Russes étaient dans leur uniforme. Sur leur manteau était écrit de toute façon R.U.A. 
P.D. : Qu'est-ce que cela veut dire ? 
A.W. : Armée russe insurgée. 
P.D. : Etaient-ils beaucoup ? 
A.W. : Non, les Allemands étaient plus nombreux. 

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P.D. : Combien de massacres de Juifs avez-vous pu voir ? 
A.W. : Je n'en ai vu qu'une fois, c'est que c'était affreux. Par contre, j'ai entendu les autres tirs, les cris. 
P.D. : Comment avez-vous su que les Italiens allaient être tués, plus tard ? 
A.W. : Il y avait déjà eu des massacres d'Italiens lorsque je suis venu ici pour la première fois voir le massacre des Italiens. ils avaient leur uniforme, ils étaient très gentils avec nous, ils nous donnaient du pain, des gâteaux. Les Hongrois aussi donnaient quelques choses. 
P.D. : D'après-vous, en quelle année a-t-on fusillé les Italiens ? 
A.W. : 1943, 1944. 1944, je dirais, en hiver. 
P.D. : Après, d'autres camions sont-ils arrivés ? Avez-vous vu beaucoup de camions ? 
A.W. : Il en est arrivé jusqu'à la fin. Même si on était en 1944 et que la crémation avait déjà débuté, on venait tuer des gens ici, des Italiens, des autres nationalités. On les emmenait jusqu'au monument là-bas, puis jusqu'aux fosses. 
P.D. : Vous souvenez-vous de la première fois où vous avez vu des crémations de votre ferme ? 
A.W. : Oui, on voyait monter de la fumée, on avait du mal à respirer. C'était au printemps 1944. 
P.D. : Est-ce que vous les voyiez ces brasiers ? 
A.W. : Oui, on voyait les soldats y jeter des corps. La nuit surtout, on y voyait très clair. 
P.D. : Une fois ces brasiers terminés, qu'est-ce qu'il s'est passé d'après vous ? 
A.W. : Après, les prisonniers sont allés en direction des fosses et ont attaqué la garde pendant la nuit. Ils allaient chercher de l'eau avec des bidons. Ils ont essayé de transmettre des messages aux Partisans afin qu'ils prévoient quelque chose. 
P.D. : Est-ce qu'il s'agissait de Partisans ukrainiens, polonais ? 
A.W. : Polonais. Avec leur aide, ils ont attaqué les Allemands des deux côtés. C'était terrible, on entendait des tirs, tout était illuminé par la lumière des roquettes. Il y a eu beaucoup de gens tués ; plus tard, le matin, nous avons pu voir les cadavres. 

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P.D. : Les Juifs ont-ils été tués juste derrière vos maisons ? 
A.W. : Oui. Dans les champs-mêmes. 
P.D. : Tout autour ? Cela veut dire que les Juifs avaient réussi à sortir, qu'ils se battaient? 
A.W. : Oui. Il y en avait beaucoup. 
P.D. : Que sont devenus les corps des Juifs tués ? 
A.W. : On réquisitionnait la population afin qu'elle rassemble tous les corps ici. 
P.D. : Est-ce que vous y avez participé ? 
A.W. : Mon père, oui, avec un chariot avec un cheval attelé. Les mitraillettes allemandes étaient pointées sur les paysans, ils n'avaient pas le choix. 
P.D. : Comment la population a-t-elle été réquisitionnée ? 
A.W. : Ils recevaient un ordre. La gestapo venait, disait « vous avez un cheval ? ». 
P.D. : La gestapo parlait-elle ukrainien ? 
A.W. : Oui et polonais aussi. Surtout polonais. Ils n'avaient que deux mots à dire, à quoi bon des interprètes. 
P.D. : Avez-vous aidé votre père ? 
A.W. : On l'a réquisitionné avec son cheval et il y est allé. On pleurait, on avait peur de ne plus le revoir. 
P.D. : Les Allemands ont-ils fait brûler les corps des Juifs ? 
A.W. : Oui, il a fallu plusieurs jours. 
P.D. : Les chevaux n'étaient pas trop affolés, car ils ont peur du sang, du feu ? 
A.W. : Oui, ils avaient très peur. Il fallait les taper pour qu'ils avancent. Oui. Pour nous, il était clair qu'après cela serait notre tour, qu'on allait nous mettre dans ces fosses.

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