Témoignage:

“A Kokhanovo par exemple, Léonid (né en 1930) vit dans une maison qui se trouve juste à côté d’un camp de transit de prisonniers de guerre. C’est un camp en plein air, au bord de la rivière, entouré de barbelés et de miradors. Le témoin va faire en secret du troc à travers les barbelés de patates contre des ceinturons. Il se remémore aussi les prisonniers de guerre qui enterraient directement sur le territoire du camp leurs camarades morts de maladie”.

Du 15 au 29 octobre 2011, une équipe de Yahad in Unum a mené un onzième séjour de recherches en Biélorussie, le quatrième dans la région de Vitebsk. Ce voyage s’est concentré essentiellement cette fois-ci dans la zone autour d’Orsha. 

A l’issue de ce voyage de recherche, l’équipe de Yahad in Unum a enquêté dans 15 localités, interrogé 61 témoins, et trouvé 16 sites de fusillade, dont un quart n’ont pas de mémoriaux.


Lieux:

Régions: région administrative de Vitebsk

Villes et villages étudiés: Slavnoïe, Slaveni, Tolochine, Oboltsy, Smoliany, Baran, Bolbassovo, Liozno, Kolychki, Dobromisl, Babinovitchi, Orekhovsk, Liady, Kokhanovo.


Contexte historique:
L’équipe est partie avec peu d’archives disponibles sur les crimes nazis perpétrés dans cette zone, ce qui ne fait que donner une importance supplémentaire aux recherches sur le terrain. Au fur et à mesure de l’enquête sur le terrain, l’équipe a d’ailleurs investigué plusieurs sites absolument non documentés, des bourgades anciennement juives à plus de 50%.

La zone étudiée a été occupée par les Allemands dès la fin de l’été 1941, et l’occupation a duré jusqu’au second semestre 1943. Cette zone est restée sous administration militaire pendant toute la durée de l’occupation.

Conclusions:

– Ghettos ou absence de ghettos / peu de travail forcé
Plusieurs témoins retrouvés par l’équipe de Yahad relatent le fait qu’à l’arrivée de l’occupant, les nouvelles autorités locales mises en place par les Allemands font établir des listes des habitants en recensant leur origine.Ainsi à Slaveni, Slavnoïe, Tolochine, Smoliany et Senno, peu de temps après l’arrivée de l’occupant, les Juifs recensés sont réunis et confinés pendant quelques temps dans les habitations d’une seule une rue. A Liady, les Juifs sont rassemblés dans l’école. A Baran, ils sont cantonnés dans deux maisons à étages. Ghettos clos ou non, mais assez poreux comme souvent en Biélorussie. Les Juifs peuvent circuler assez facilement, ne serait-ce que clandestinement ou avec la complaisance des policiers locaux. Le troc est fréquent.

Mais dans beaucoup d’autre cas, il n’y a pas de ghettos, ce qui n’empêche pas les Juifs de se voir privés de leurs droits. Avant d’aller à la mort, les Juifs sont parfois brièvement réunis dans un lieu d’enfermement, comme à Babinovitchi où les Juifs sont rassemblés 24h dans une maison, avant la fusillade.

– Des fusillades assez précoces
Au cours de ce voyage, l’équipe a retrouvé un nombre important de témoins des fusillades ou des colonnes de Juifs allant à la mort. Les fusillades ont lieu en général pendant l’hiver 1942. D’après les témoignages, la présence des policiers est très souvent citée dans le processus d’extermination, même si la plupart du temps un commando de la mort allemand venu pour l’occasion coordonne et procède au meurtre de masse. Les fusillades ayant lieu en hiver, et le sol étant gelé, plusieurs témoins se rappellent de détonations, des explosifs étant en effet utilisés pour creuser ou combler la fosse.

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