Témoignage:

“Dans un petit hameau à côté de Dribin, l’équipe de Yahad a rencontré Vassili (né en 1921) qui a donné des informations très intéressantes sur le recrutement des policiers puisqu’il a été concerné directement. Un jour une femme vient lui apporter un ordre de convocation au « magistrat » de Dribin. Il n’y est pas mentionné la raison. Il y passe une nuit avec une vingtaine d’autres jeunes hommes. Le lendemain, ils sont emmenés en camion jusqu’à Gorki. Là, il est interrogé dans un bureau par Preuss, qui est le commandant allemand local cité dans toutes les archives et par tous les témoins rencontrés. Vassilé décrit Preuss…petit gros, d’âge moyen, vulgaire, et désagréable. Pendant l’interrogatoire, Preuss lui fait pression pour qu’il devienne policier, en lui promettant une pension pour ses parents. Vassili résiste à la pression et refuse. Il est aidé dans ses réponses par l’interprète de Preuss qui a pris son parti. Finalement, Preuss le libère en lui promettant un ordre de convocation pour le travail forcé en Allemagne. Ordre qu’il ne recevra jamais. En Partant, Vassili voit les autres jeunes hommes s’enivrer au schnaps avec les policiers qui ont tous accepté l’engagement. Vassili confiera qu’il est le seul à avoir refusé”.

Du 20 avril au 6 mai, une équipe de Yahad in Unum a mené un douzième voyage de recherche en Biélorussie, le premier dans la région de Moguilev. A l’issue de ce voyage, l’équipe de Yahad a enquêté dans 17 localités, interrogé 44 témoins, et retrouvé 18 lieux de fusillade. Dans un certain nombre de ces lieux oubliés de la mémoire collective et sans mémoriaux, les corps ont été exhumés dans les années 1950 et ré-enterrés dans les cimetières juifs.

Lieux:

Région: région administrative de Moguilev

Villes et villages étudiés: Golovtchine, Tchaoussy, Dranoukha, Riasna, Tchernevka, Dribin, Soukhari, Moguilev, Kazimirovka, Stare Pachkovo, Polykhovichi, Selets, Dachkovka, Mstislavl, Esmony, Belynitchi, Chepelevitchi


Contexte historique:

La zone étudiée a été occupée par les Allemands dès la fin de l’été 1941, l’occupation durant jusqu’en 1943. Cette zone est restée sous administration militaire.

Pour plusieurs localités investiguées, il n’y avait aucune archive préalablement disponible, et quasiment aucune information sur les faits tragiques qui s’y sont déroulés.

Conclusions:

– Des ghettos hétéroclites
A l’arrivée des Allemands, beaucoup de ghettos sont mis en place, sous le contrôle des ortskommandanturen. En général, les ghettos n’ont duré que très peu de temps, de quelques jours à quelques mois. Ils sont de toutes sortes, ouverts ou fermés, clôturés ou non, constitués de rues avec des maisons, ou improvisés dans des bâtiments publics. Mais bien souvent aussi, il n’y a pas de ghettos constitués, les Juifs étant déjà à l’origine concentrés dans des quartiers bien délimités.

– Des fusillades précoces
L’extermination des Juifs et Tsiganes dans la zone parcourue se fait rapidement après l’arrivée des Nazis. Elle est menée entre l’automne 1941 et l’hiver 1942, sous la conduite essentiellement des einsatzkommandos 8 et 9 de l’einsatzgruppe B, des bataillons de police 316 et 322, et avec l’aide de la police locale biélorusse. La plupart des temps, les fusillades ont eu lieu dans des lieux très isolés, notamment dans des forêts.

– Des fusillades précoces
Parfois les jeunes hommes sont éliminés tout de suite et en premier. Dans le village de Golovtchine, une vingtaine d’hommes juifs sont fusillés à l’automne 1941. Le lieu de fusillade se trouve aujourd’hui sous un étang et il n’y a pas de monument. Les autres Juifs sont déplacés ensuite dans le ghetto de la ville de Belynitchi.

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