Témoignage

Daria (née en 1929) a été enfermée pendant une semaine avec des milliers d’autres enfants dans l’école de Paritchi puis, elle a été envoyée ensuite dans un camp en Allemagne, en forêt, près de la ville de Falkenburg. Il y avait un bâtiment pour les garçons, et un pour les filles. Les enfants devaient saluer le chef du camp en disant « Heil Hitler ». Au cours de visites médicales, elle a vu plusieurs enfants à qui on prenait le sang et qui se contorsionnaient de douleur. Les enfants morts étaient jetés dans une fosse sur le territoire du camp. Lors d’une grande sélection où tous les enfants étaient alignés dans la cour, un responsable l’a palpée et lui a dit de faire 2 pas en avant. Elle a alors été placée pour quelques temps jusqu’à la libération dans une école des jeunesses hitlériennes. Ce dernier élément est primordial dans la compréhension du processus de germanisation de certaines populations slaves.

Du 10 juin 2014 au 26 juin 2014, une équipe de Yahad in Unum a mené un dix-septième voyage de recherche en Biélorussie, le tout premier dans la région de Gomel. A l’issue de ce voyage réussi, où donc de nombreuses thématiques variées ont été renseignées par les témoignages, l’équipe a interviewé 45 personnes, et enquêté sur 21 lieux d’exécution.

Lieux

Régions : région administrative de Gomel

Villes et villages étudiés : Roudensk, Korma, Tchetchersk. Repichtché, Kanava. Jouravitchi. Gorodets, Kamenka, Sverjen, Ouvarovitchi, Dobrouch, Vetka, Bouda-Kocheliovo, Gomel, Retchitsa, Kovtchitsy 2, Vyssoki Polk, Gorbatchiovka, Chtchedrine, Paritchi, Iassen (Stanitsiya), Bolchaïa Goroja.

Contexte historique

Cette région a été occupée par les Allemands, au cours de l’été et l’automne 1941, et a été placée sous administration militaire allemande.

Voyage riche en découvertes, la recherche des témoins a été parfois rendue compliquée par le fait qu’il y a eu énormément de mouvements de populations, pendant et à l’issue du conflit, ainsi qu’à la suite des pluies radioactives conséquentes à la catastrophe de Tchernobyl en 1986.

Conclusions

  • Des ghettos atypiques ou parfois inexistants
    • Concernant les répressions et les massacres des victimes juives, quand des ghettos sont mis en place, bien souvent il ne s’agit pas de ghettos classiques, à savoir rue ou quartier clos, mais souvent on rencontre dans cette zone des ghettos réutilisant des bâtiments existant. La relative proximité du front impose semble-t-il une certaine improvisation de la part des autorités d’occupation.
  • Des fusillades souvent précoces et hivernales
    • Au cours de ses recherches sur le terrain, l’équipe a été confrontée à beaucoup d’exemples de fusillades précoces, perpétrées pendant l’hiver 1941-42, quand les sols étaient gelés et alors qu’il y avait souvent de la neige. La proximité du front explique sans doute l’urgence du génocide. Pour mettre en oeuvre les tueries, les bourreaux utilisaient donc souvent des fosses déjà existantes (fosse-silo, tranchée anti-char). Mais l’hiver et la problématique des sols gelés, posaient parfois des problèmes pour le comblement efficace des fosses.
  • Les villages biélorusses brûlés
    • L’équipe a aussi recueilli plusieurs témoignages sur les villages biélorusses brûlés après des actions anti-partisanes, et les massacres de ces populations civiles rurales.
  • Les rafles d’enfants biélorusses
    • Une thématique majeure abordée dans le secteur de Bobruïsk, a été également les rafles d’enfants. Ils étaient envoyés dans des camps d’enfants où on leur prenait notamment leur sang. Ils étaient parfois aussi sélectionnés pour un processus de germanisation. Les témoins étaient nombreux. C’est un sujet très peu documenté d’un point de vue historique, d’où l’importance du recueil de cette mémoire.

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