Témoignage:

“Grigori (1930) se souvient : « Les Juifs ont tiré contre les Allemands et ont mis le feu au ghetto; ceux qui ne sont pas morts brûlés ou étouffés et qui cherchaient à s’enfuir ont été rattrapés et exécutés sur une petite colline environnante où ils ont été fusillés de manière isolée. Les villageois ont ramassé les corps avec leurs chariots sous l’ordre des policiers”. 

A l’issue de presque 3 semaines de recherches en Biélorussie ce mois d’août 2009, l’équipe de Yahad-In Unum tient à vous faire part des découvertes notables qu’elle y a faites. Ce séjour d’investigation s’est déroulé dans la partie sud-est de la région de Brest, anciennement région de Pinsk.

Lors de ce voyage, l’équipe de recherches a parcouru 20 villes et villages, interrogés 80 témoins, enquêtés sur 24 fosses, dont près de 50% sont sans mémorial.

Lieux:

Région: Région sud-est de Brest

Villes et villages investigués:

Pogost-Zagorodski, Viaz, Kamen, Dobraïa Volia, Galeva, Lakhva, Kojan Gorodok, Louninets, Stoline, Belooucha, Loguichine, Motol, Osnejintsy, Ossovnitsa, Roudsk, Ivanovo, Telekhany, Mokrovo, Sankievitchi


Contexte historique:

A l’aube de la Seconde guerre mondiale, dans la seule ville de Pinsk, chef-lieu de la région, 27 000 des 30 000 des habitants étaient juifs.

 

Conclusions:

– Présence récurrente d’unités de cavalerie au cours des exécutions
Selon les archives allemandes analysées et traduites par l’équipe de Yahad, plusieurs unités à cheval, la 2ème de cavalerie de la police n°1, le 4ème bataillon de l’Unité de cavalerie II, par exemple, ont participé aux fusillades des Juifs de la région de Pinsk.

– Deux modèles d’exécutions prépondérants dans la région de Pinsk
D’après les témoignages recueillis, les bourreaux ont utilisé, principalement, deux modes de tuerie des victimes juives.Dans les villes de Pinsk, de Stoline, à Lakhva, Ivanovo, les Allemands forçaient les Juifs à descendre dans la fosse par une pente creusée à cet effet. Les premières victimes allaient jusqu’à une extrémité de la fosse s’allonger face au mur. Les bourreaux descendaient eux-mêmes dans la fosse et les fusillaient. Le groupe suivant devait s’allonger à son tour, dans le même sens, au niveau des genoux des précédents et ainsi de suite. Il apparaît que, pour un tel modèle d’exécution où il n’y a qu’une seule couche de victimes, les Allemands utilisaient ou faisaient creuser des longues fosses.

Le deuxième mode de tuerie n’avait pas été rencontré auparavant par Yahad. A Loguichine et dans un des 3 lieux d’exécution des Juifs de Motol, les nazis n’ont fusillé les malheureux juifs dans aucune fosse. « Il n’y avait pas de fosse; les victimes étaient exécutées debout. On les amenait toutes les 10 minutes par groupes de 40 à 60 personnes dans la rue du témoin. Il y avait une certaine distance à chaque fois (50 m) entre les lieux de fusillade », raconte Andreï (1933) de Motol. Ce n’est qu’après que les corps étaient enterrés par les villageois de tout un quartier dans une fosse qu’ils devaient creuser eux-mêmes ou dans un ravin, comme à Loguichine (entre 300 et 500 victimes), Mikhaïl (1932), enfant curieux a pu voir : « Une tranchée en pente menait à la carrière: là avait lieu l’exécution; les corps étaient ensuite traînés jusqu’à la carrière, avec des crochets ou à la main ».

– Interaction entre la ville et le ghetto
L’équipe de recherches a noté, à plusieurs endroits, que le ghetto n’était pas tout à fait « hermétique », qu’il n’était pas totalement coupé de l’extérieur.

– Exécutions publiques?
Comme lors de précédents voyages, nous avons noté la présence de très nombreux villageois lors des exécutions, qui ne sont ni des réquisitionnés ni des collaborateurs. Présence qui remet en cause le caractère secret de l’extermination des Juifs.

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