Témoignage

Leczek (né en 1925) a été un témoin très précis de plusieurs fusillades. Il a vu 4 membres de la Gestapo arriver de l’extérieur en voiture, pour se rendre au bureau de la police juive. Les policiers leur ont donné des petits ballots avec des biens des Juifs (or, bijoux…), puis ces derniers ont été abattus derrière le bâtiment.

Il a vu au cimetière juif des fusillades de Juifs revenant du travail forcé pour la construction d’un aérodrome près du village de Labunie. Il a du aller creuser une fosse sur ordre du soltys. Les Juifs descendaient un par un du camion, devaient s’allonger autour de la fosse face contre terre, et ils étaient abattus au pistolet. Ensuite le témoin ainsi que d’autres réquisitionnés devaient jeter les corps dans la fosse.

Au moment de la liquidation du ghetto fin 1942, il a assisté à une scène de rassemblement des Juifs sur la place de l’église, suivie d’une sélection. Les valides étaient jetés dans des camions, et les autres étaient tués non loin dans des fosses creusées sur un talus à côté du ghetto. Les bébés étaient jetés en l’air et tués. Aujourd’hui il n’y a aucun monument à cet endroit.

Du 20 avril au 6 mai, une équipe de Yahad in Unum a mené un quatrième voyage de recherche en Pologne, dans la région de Lublin. A l’issue du voyage, l’équipe de Yahad a interrogé 41 témoins, et recensé 17 sites fusillade.

Lieux

Régions : région administrative de Lublin

Villes et villages étudiés : Izbica, Hrebenne, Labunie, Komarow, Zwierzyniec, Szewnia Dolna, Tyszowce, Siemnice, Michalow, Laszczow, Hrubieszow

Contexte historique

La zone étudiée a été occupée par les Allemands dès la fin de l’été 1939, l’occupation durant jusqu’en 1943. Cette zone faisait partie du Generalkomissariat de Pologne.

Pour plusieurs localités investiguées, il n’y avait que très peu d’archives ou documents historiques disponibles, ce qui n’a fait que renforcer le caractère nécessaire de la recherche sur le terrain, dont les résultats ont été fructueux.

La région de Lublin était une région où la population juive était extrêmement nombreuse. Si un certain nombre de Juifs ont réussi à fuir côté soviétique dès 1939, une grande partie d’entre eux, après avoir été concentrés dans des ghettos, sont envoyés dans les camps de la mort, avant tout ceux de Belzec et de Sobibor, à partir de 1942. Néanmoins, un nombre important d’entre ont aussi été exécutés lors de fusillades, et il est toujours difficile d’établir pourquoi certains Juifs sont partis dans les camps de la mort, et d’autres ont été tués sur place. Initiatives locales notamment quand il s’agit du rural profond, questions de coût, ou questions logistiques ? Les questions sur l’origine de ces fusillades restent encore ouvertes. Au cours de ce voyage, l’équipe a retrouvé cela étant un nombre conséquent de témoins des fusillades.

Conclusions

– Dans la ville de Zamosc, les Juifs ont été enfermés dans un ghetto; il y a eu plusieurs petites fusillades mais pas de très grandes exécutions de masse, les Juifs étant pour la plupart emmenés à Belzec.

– Les unités de gendarmerie allemandes étaient stationnées en général dans les chefs-lieux de gmina, la gmina étant l’entité administrative la plus petite en Pologne. Comme le mentionnaient les archives dont disposaient Yahad, les gendarmes sont largement à l’origine des fusillades dans la zone étudiée. En confrontant les archives à la réalité de l’enquête de terrain et aux témoignages, il était frappant pendant l’enquête de voir combien le souvenir de ces gendarmes et de certains de ses membres cruels hantaient encore la mémoire collective. Beaucoup de témoins rencontrés se souvenaient du nom des gendarmes, de leur allure, de leurs uniformes. Il en est ainsi du cas de Ernst Heinrich Schulz, personnage assez récurrent dans le souvenir des témoins interrogés. De 1940 à 1943, il était le chef de la gendarmerie de Tyszowce. Plusieurs témoins ont souligné sa cruauté à l’égard des Juifs et ont dit qu’il avait la réputation de tuer “un Juif avant son petit déjeuner.” Néanmoins les sentiments à son égard sont assez ambivalents car il avait aussi la réputation d’être plutôt bienveillant à l’égard des Polonais, étant lui-même originaire de la région de Silésie, une région mixte ethniquement, et ayant lui-même servi dans l’armée polonaise dans les années 1920. A Tyszowce, il a à priori clairement cherché à épargner les Polonais, en particulier en évitant à la population de Tyszowce d’être expropriée pendant l’opération de germanisation.

– L’équipe de Yahad a décidé d’aller du côté du village Hrebene, adossé aujourd’hui à la frontière polono-ukrainienne tracée après la guerre. Il s’agissait d’enquêter sur le présumé quatrième lieu de fusillade concernant les Juifs de la ville de Rawa Ruska, qui se trouve aujourd’hui côté ukrainien. Yahad a rencontré Ianina (née en 1933). Petite fille, en allant cueillir des baies, elle a vu plusieurs fois des fusillades de ces Juifs de Rawa Ruska, sur la colline boisée qui fait aujourd’hui office de frontière entre la Pologne et l’Ukraine, confirmant ainsi les précédentes investigations. Elle dit que ces fusillades ont duré environ un mois. Elle voyait des camions fermés se succéder dans la forêt et s’approcher de fosses qui étaient en fait des trous creusés par des obus. Les Juifs étaient descendus des camions et aussitôt abattus à la mitraillette au bord de fosses par les Allemands. Les fosses pouvaient rester ouvertes plusieurs jours avant d’être pleines et comblées, et l’odeur était insupportable dans le village et les environs.

– La région de Zamosc a été pour le pouvoir nazi une zone test qui a fait l’objet entre 1941 et 1943 d’un programme de germanisation. Les populations des villages sont expropriées les unes après les autres. Elles sont envoyées dans des camps de transit avant d’être déportées plus à l’Ouest, notamment en Allemagne pour les travaux forcés, ou dans des camps de concentration comme celui de Maïdanek. Il y avait deux camps de transit importants. L’un dans la ville Zwieryniec et l’autre à Zamosc.

Attachments

Related Post