Témoignage

L’équipe de Yahad a rencontré Valentina (née en 1932). Elle a accompagné une fois sa tante qui allait régulièrement faire le ménage dans les bureaux des responsables du camp de Moglino, petit village en lisière de Pskov. Le camp était en fait établi dans une ancienne école, près de la route allant à Riga. Valentina se souvient notamment d’une scène dans un bureau où un Allemand (probablement le chef du camp) a écrasé une mouche en disant à sa tante “j’écrase les mouches comme je tue les Russes.”

Du 28 août au 11 septembre 2012, une équipe de Yahad in Unum a mené un neuvième voyage de recherche en Russie, le premier dans la région de Pskov.

A l’issue de ce voyage, l’équipe de Yahad a interrogé 42 témoins et retrouvé une dizaine de sites de fusillade.

Régions : région administrative de Pskov

Villes et villages étudiés : Pskov; Peski; Moglino; Kresty; Torochino; Porkhov; Zapolianié; Tcherniakovitsy; Gloty; Ostrov; Gryzavino; Opochkha; Novorjev; Pouchkinskïe Gory; Idritsa; Loknia; Maevo; Novosokolniki

Contexte historique

La zone étudiée a été occupée par les Allemands dès la fin de l’été 1941, l’occupation durant jusqu’en 1943. Cette zone est restée sous administration militaire, à l’exception d’un petit territoire le long de la frontière estonienne, incluant la ville de Pskov, et qui était sous administration civile.

Pour plusieurs localités investiguées, il n’y avait aucune archive préalablement disponible, et quasiment aucune information sur les faits. Le terrain n’était pas aisé pour les recherches, car il y a eu beaucoup de mouvements de population après la guerre, et l’urbanisation a profondément remodelé le paysage.

Conclusions

– De nombreux camps de prisonniers de guerre
Disposant d’un corpus d’archives sur certains de ses camps, l’équipe de Yahad a pu recueillir de nombreux témoignages de témoins qui ont vu les camps, en retrouver la trace, et en identifier aussi de nombreux autres, notamment des petits camps souvent méconnus, en général des kommandos de travail établis pour une courte durée.

– Les déportations des civils de la région
Les camps de prisonniers de guerre de la région servaient aussi parfois pour les civils. En effet, à l’automne 1943, les Allemands ont décidé de replier leur front sur une ligne de défense appelée “ligne Panther” qui, dans le région de Pskov, suivait plus ou moins la rivière Velikaïa, et qui passait notamment à l’est de la capitale régionale. Suivant ce mouvement de repli, l’occupant a procédé à une déportation en masse des populations civiles des villages environnants, y compris celle de la ville de Pskov. La politique de la terre brûlée a aussi été appliquée. Beaucoup de villageois sont arrivés à fuir ou à se cacher dans les forêts. Mais beaucoup d’autres sont partis dans des trains de marchandise, et ont suivi en général un long parcours de déportation vers l’ouest. Avant de quitter le territoire russe, ils sont donc parfois brièvement gardés dans des camps de prisonniers de guerre, qui avaient ainsi un rôle mixte. Ensuite, ces déportés sont passés via les Pays Baltes où des sélections étaient opérées dans des poins ou camps de transit. A l’issue de ces sélections, certaines personnes étaient placées dans des fermes baltes. D’autres étaient envoyés aux travaux forcés, en Allemagne et Autriche notamment.

– Le sort des Juifs et Tsiganes de la région
Beaucoup de Juifs ont réussi à fuir plus à l’Est avant l’arrivée des Allemands. La population juive la plus nombreuse se trouvait dans la ville de Pskov. Les quelques centaines de Juifs restant dans la ville sous l’occupation allemande ont été tués dans une sablière près du village de Vaouliny Gory en décembre 1941, mais peu d’habitants en conservent le souvenir. Le mémorial qui commémore aujourd’hui le massacre est mal placé et est situé à environ 1 km du lieu exact de la fusillade.
Aujourd’hui, il y un mémorial à l’endroit où les Tsiganes ont été tués, mais il n’y a aucune allusion à la catégorie des victimes.

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