Témoignage

Ksenia (née en 1927), est régulièrement réquisitionnée dans un commando de la mort lors de fusillades de masses. Après les tirs, elle doit mettre au fond de la fosse les corps des martyrs qui n’y sont pas tombés. Elle poursuit : « parfois il y en avait qui étaient seulement blessés et qui me suppliaient de les sauver, mais je ne pouvais rien faire…. »

Une équipe de Yahad In Unum revient d’un 22ème séjour de recherche en Ukraine. Cette mission de 15 jours s’est déroulée dans la région de Vinnysia, dans des lieux répartis essentiellement le long de la grande route qui va vers Dniepopetrovsk.

A l’issue de ce séjour, l’équipe d’investigation a visité 14 villes et villages, interrogé 52 témoins, et retrouvé 20 fosses ou sites d’exécution. Si une grande majorité de ces lieux ont aujourd’hui des mémoriaux, l’investigation de Yahad a permis cependant de retrouver grâce aux témoignages la trace de lieux martyrs totalement oubliés de la mémoire collective.

Lieux

Régions : région administrative de Vinnysia

Villes et villages étudiés : Voronovytsia, Kordychivka, Gnivan, Tyvriv, Zaroudyntsi, Raigorod, Bougakiv, Nemyriv, Stryjavka, Tchoukiv, Perepelytche, Bratslav, Novosselivka, Lityn

Conclusions

– Les camps de travailleurs juifs le long de la route DG IV
A l’instar de précédentes missions effectuées plus à l’ouest dans les régions Lviv, Ternopil et Khmelnitskyï, Yahad a mené l’enquête sur des camps de travail dont le but essentiel était la construction de la Durchgangstrasse IV, axe routier majeur qui devait mener au Caucase via Dnepropetrovsk. L’organisation allemande Todt était chargée de sa construction, et a dans cette optique requis une main d’œuvre locale importante qui était indispensable pour effectuer le travail dans les carrières, le transport des matériaux de construction, pour paver la route, pour l’entretenir…

Une grande partie de cette main d’œuvre était juive et à demeure dans tout un réseau de camp de travaux forcés qui a été mis en place le long de la route. Ces camps où sont retenus les Juifs étaient très souvent clos d’une palissade et de barbelés, et organisés au sein même des villages ou des petites villes, dans un ancien bâtiment public pour la plupart, comme une école à Zaroudyntsi, une synagogue à Voronovytsia, ou comme dans un quartier de maisons juives à Raïgorod.

– Le camp de Zaroudyntsi : investigation et découvertes
A Zaroudyntsi, minuscule village près du grand axe routier, où nous savions qu’il y avait eu un camp, mais sur lequel nous ne disposions d’aucune archive ou documentation, nous retrouvons plusieurs témoins qui nous permettent de bien comprendre ce qu’il s’est passé.

– La frontière roumaine toute proche : un élément perméable
En enquêtant le long de la DG IV, l’équipe de Yahad opère tout près de l’ancienne frontière roumaine, les Roumains ayant au moment de l’offensive de 1941 occupé la Transnistrie, située entre les fleuves Dniestr et Bug. Les interactions étaient nombreuses de part et d’autre de la frontière qui suit plus ou moins le Bug. Les Roumains on ainsi livré beaucoup de Juifs aux Allemands qui les exécutaient presque aussitôt.

Même si un certain nombre de Juifs ont réussi à fuir avant l’arrivée des Allemands, comme à Bratslav, il est à noter que la région de Vinnysia est l’une de celles qui a payé le plus lourd tribut au génocide juif en Ukraine. La région avait déjà énormément souffert de la Grande famine de 1933 orchestrée par le pouvoir soviétique, trait qui a toujours été souligné dans les témoignages des témoins les plus âgés.

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