Témoignage

L’empoisonnement des nourrissons juifs revient souvent dans les récits de nos témoins. Alekseï Stepanovitch (né en 1934) à Lisnivka se souvient de la mise à mort des colons juifs jusqu’aux moindres détails. Les Juifs étaient rassemblés dans le bâtiment du club, les camions arrivés et on les chargeait par groupes dans ces mêmes camions. En revanche quand un groupe des Juifs sortait et il y avait des nourrissons, un homme se tenait prêt à côté du camion avec un bocal en métal et un pinceau dedans : “C’était un bocal métallique d’une vingtaine de centimètres de la hauteur. Quand une mère avec un nourrisson dans les bras s’approchait du camion, cet homme faisait, d’un geste bien exercé, 2 mouvements de pinceau sous le nez de l’enfant et celui-ci arrêtait de crier.”

A l’issue de 15 jours de recherches en Ukraine, l’équipe de Yahad – In Unum a enquêté dans 31 villes et villages de la République autonome de Crimée.

Au terme de cette mission de recherches, l’équipe de Yahad – In Unum a répertorié 20 fosses dont près de 55% sont sans mémorial et donc totalement inconnues, interrogé 46 témoins.

Lieux

Région: République autonome de Crimée

Villes et villages investigués : Nevoklenove, Biloguirsk, Oleksandrivka, Nijnioguirsk, Sovetskiï, Azovske, Pchenitchne, Chyroke, Petrovka, Djankoï, Koroleve, Ostaninne, Kransoguirka, Novokrimske, Adjimouchkaï, Fontane, Staryï Krym, Ievpatoria, Lisnivka, Saki, Vorobievo, Orlovka, Serebrianka, Chichkine, Dolinne, Fourmanovka, Bakhtchissaraï, Troudove, Krasnoe, Sébastopol, Inkerman.

Contexte historique

Conformément aux archives, la population de la Crimée comptait environ 700 mille habitants en 1939 dont 68 mille de Juifs et de Krymtchak. Avant l’occupation allemande en novembre 1941, environ 200 mille habitants ont réussi à s’évacuer dont environ 34 mille Juifs et Krymtchak.

Lors de l’occupation la Crimée se trouvait sous l’administration militaire allemande et l’extermination des populations juives, krymtchak et tsigane a été fortement soutenue par les soldats de Wehrmacht.

 Les recherches de Yahad – In Unum en Crimée se sont faites dans un contexte compliqué où une grande majorité de la population évacuée n’est pas retournée en Crimée à la fin de la guerre et où les minorités ethniques comme Tatars, Grecs, Bulgares, Arméniens, Volksdeutsche ont été déportées soit avant l’arrivée des Allemands, soit en 1944, et ne sont rentrées que partiellement en Crimée dans les années 60. Ainsi, notre équipe a dû faire face aux villes et villages presque entièrement repeuplés par des personnes venues de l’Ukraine de l’Ouest, de Koursk, de Rostov, de Smolensk en Russie ou voire même les Ukrainiens déplacés de Pologne suite à la stabilisation des frontières.

Conclusions

L’investigation de l’équipe de Yahad – In Unum dans cette partie de l’Ukraine représente quelques spécificités :

– la multiplicité de différentes victimes pour chaque lieu d’exécution ;
– le multiculturalisme et la diversité ethnique de la Crimée d’avant-guerre, pendant la guerre et de nos jours, ainsi que l’attitude des Allemands envers chaque ethnie;
– l’évacuation avant l’arrivée des Allemands et les mouvements importants de la population de la presqu’île après la guerre suscitent la difficulté de la recherche des témoins locaux ;
– l’enquête a porté sur des différents aspects de la guerre en Crimée : les fusillades des Juifs dans les villes et dans les colonies juives, les kolkhozes maintenus par les Allemands, et la persécution d’autres groupes de victimes.

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